Azerbaïdjan : « Pour vivre heureux, vivons cachés »


 

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Commentaires et Traductions de Gérard Merdjanian

 

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Commentaires

 

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Dernière nouvelle. L’Arménie vient d’accepter les deux dernières exigences de l’Azerbaïdjan, à savoir : le non-déploiement de forces de pays tiers le long de la frontière et le retrait mutuel des revendications des organismes internationaux. Donc un accord de paix sera signé prochainement.

 

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Ilham Aliev, comme tout dictateur qui se respecte, n’aime pas que l’on surveille ses faits et gestes, surtout par des observateurs Occidentaux ; Et encore moins que par des pays lui rappellent les règles de droit et de bonne conduite.

 

Ce n’est pas propre à la famille Aliev, déjà en 1988, sous la conduite des dirigeant  Abdurrahman Vazirov puis de Aïaz Mutalibov, des pogroms anti-Arméniens avaient eu lieu en Azerbaïdjan, en présence d’OMONs russes. La défaite militaire de 1994, a laissé un goût amer à la famille Aliev, qui n’a rêvé depuis que de vengeance. C’est le fils Ilham qui accomplira cette tâche avec la guerre de 44 jours à l’automne 2020 et le nettoyage ethnique du Haut-Karabakh en septembre 2023.

 

C’est le Groupe de Minsk de l’OSCE qui a été chargé du règlement du conflit Arménie-Azerbaïdjan, et les Observateurs du Bureau de l’OSCE chargés de se rendre sur le terrain, des deux côtés de la ligne front. Entre 1994 et 2020, les Observateurs ont empêché Bakou de mener à bien ses objectifs, d’autant que son armement n’avait pas atteint le niveau suffisant. Bakou s’est bien gardé de leur montrer ce qu’il préparait sur la ligne de front. Ayant l’assurance que Moscou n’interviendrait pas, la seconde guerre du Karabakh a repris.

 

Aussi, dès que l’accord de cessez-le-feu trilatéral de Moscou du 9 novembre 2020 a été signé mettant fin aux hostilités, seuls les soldats de la paix russes étaient présents le long du couloir de Latchine et sur la frontière arméno-azérie - côté Arménie. Ce qui a permis à la soldatesque azérie de lancer des escarmouches contre les Karabakhis et surtout de gêner la libre circulation des véhicules du CICR dans le couloir, prévue dans l’accord.

 

N’ayant plus d’étrangers sur place pour surveiller leurs faits et gestes, le clan Aliev a commencé les nettoyages culturel et cultuel des biens arméniens sur les 4/5ème récupérés du Haut-Karabakh en plus des sept districts mitoyens, avant de poursuivre plus profondément le travail de démolition sur les 20% restant, après septembre 2023. Quant aux sites trop célèbres pour être détruits, ils sont catalogués comme étant l’œuvre des Aghvans, que les Arméniens se sont accaparés.

 

Reste que côté Arménie, il y a encore les observateurs de la Mission de l'Union européenne en Arménie. Rappelons que l'EUMA, forte de plus de 200 personnes, maintient six bases d'opérations avancées à Goris, Ijevan, Djermouk, Kapan, Martuni et Yeghegnadzor ainsi qu'un bureau de liaison et de soutien à Erevan. Leur rôle : patrouiller le long de la frontière commune. Le 30 janvier 2025, le Conseil de l'Union européenne a approuvé la prolongation du mandat pour deux années supplémentaires, soit jusqu'au 19 février 2027.

 

Ce qui explique pourquoi Ilham Aliev demande, entre autre, leur retrait avant de signer l’accord de paix avec Nigol Pachinian. Pas de témoins.

 

Le Premier ministre arménien est un naïf généreux. Après avoir signé le 9 novembre 2020 la fin de la guerre de 44 jours avec l’Azerbaïdjan, il n’a eu de cesse de plaire à Bakou, au motif que ce faisant, Ilham Aliev lui saurait gré et mettrait en œuvre la part de l’accord qui lui incombe. Au final, Pachinian a concédé à la fois l'Artsakh (Haut-Karabakh) et le couloir de Latchine ; a donné le territoire de Kirants (village d'Arménie en l'Azerbaïdjan) en échange de rien ; se montre incapable de ramener les captifs arméniens de Bakou.

 

Rappelons que l’accord de cessez-le-feu porte sur cinq ans renouvelables, c'est-à-dire jusqu’au 9 novembre 2025. Malgré qu’aucune des parties n’ait dénoncé l’accord, il ne sera pas reconduit vu que depuis le nettoyage ethnique, il n’y a plus rien à surveiller ni à échanger. Ce qui n’empêche pas Moscou d’y faire référence, encore récemment.

 

Quand on voit le résultat, on peut se demander qui s’était porté garant pour que l’accord soit respecté ? Officiellement personne. Toutefois l’accord étant signé sous l’égide de Moscou, il semblait logique que Moscou pèse de tout son poids pour que les parties s’exécutent.

 

L’énorme boulette de Pachinian lors de la réunion de Prague du 6 octobre 2022 avec les présidents Emmanuel Macron et Charles Michel, fut de reconnaître que le Haut-Karabakh faisait partie intégrante de l’Azerbaïdjan. Partant de là, plus rien n’obligeait Bakou à discuter du devenir du Haut-Karabakh, les Karabakhis devenant une minorité ethnique vivant en Azerbaïdjan ; Et donc taillable et corvéable à merci.

 

L’autre boulette qu’il se prépare à commettre, à la demande d’Ilham Aliev, c’est de dénoncer le Groupe de Minsk de l’OSCE, en charge de la résolution du conflit Arménie-Azerbaïdjan, ce qui entrainera sa dissolution. Bien qu’il soit en sommeil depuis la guerre des 44 jours et que les Arméniens ont été chassés du Haut-Karabakh en septembre 2023, les propositions du Groupe de Minsk de l’OSCE (*) sont toujours sur la table. Les Karabakhis exilés ont toujours des droits. Et ça, Bakou ne veut pas en entendre parler et encore moins, voir le sujet porté devant des instances internationales.

 

Pour lui, le GdM était l’œil de l’étranger sur son sol. Déjà, il y a une vingtaine d’années, au lendemain de la destruction totale du cimetière de Julfa, au Nakhitchevan, et des ses milliers de Khatchkars (pierre-croix), Aliev avait refusé que l’USNESCO se rende sur place pour constater les dégâts. Le même schéma se reproduit aujourd’hui au Karabakh.

 

La suite des événements repose sur la malléabilité de Nigol Pachinian et le contentement d’Ilham Aliev. Même si un accord de paix vient d’être acté, nombre de points importants ne font pas parties du texte.

 

Une chose est sûre, personne n’interviendra physiquement pour aider l’Arménie Par contre, Bakou peut compter sur l’assistance sous diverses formes d’Ankara et le soutien plus que moral d’Israël.

 

Le leader arménien a fait sienne la citation de Georges Clemenceau: « Un arrangement médiocre, ou une paix boiteuse, vaut mieux que la guerre. »

 

Toutefois, une paix mal négociée débouchera tôt ou tard sur de futurs conflits. Comme chacun sait, le diable se cache dans les détails.

 

 

 

 

 

 

(*) : Propositions du Groupe de Minsk de l’OSCE :

 

Trois principes de base, issus des principes fondamentaux de l'Acte final d'Helsinki :

-      intégrité territoriale ;

-      non usage de la force ou de la menace d’usage de la force ;

-      égalité des droits et autodétermination des peuples.

Et six éléments principaux, qui sont les six points de la première mouture de novembre 2007 :

- Retour des territoires entourant le Haut-Karabakh sous contrôle azerbaïdjanais ;

- Un statut pour le Haut-Karabakh en prévoyant des garanties pour la sécurité et l'auto-gouvernance ;

- Un couloir reliant l'Arménie au Haut-Karabakh ;

- Une détermination dans le futur du statut juridique définitif du Haut-Karabakh par le biais d'une expression juridiquement contraignante d’un referendum ;

- Le droit pour les toutes les personnes déplacées et/ou des réfugiés à retourner dans leurs anciens lieux de résidence ;

- Une garantie de sécurité internationale incluant une opération de maintien de la paix.

 

 

 

 

 

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Traduction

 

Extrait de Radiolour, de PanArmenian, de News.am, et de APA


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Arménie

 


Le ministère arménien des Affaires étrangères a exprimé sa profonde inquiétude face aux procès simulés de 23 prisonniers de guerre, otages et autres détenus arméniens à Bakou.

 

« Le ministère des Affaires étrangères de l’Arménie continue d'attirer l'attention de la communauté internationale, en particulier des partenaires intéressés par la paix dans la région et mettant l'accent sur les valeurs humanitaires, sur la question de la libération des prisonniers de guerre, des otages et des autres Arméniens détenus en Azerbaïdjan, ainsi que sur les procès simulés menés contre certains d'entre eux avec de graves violations de procédure et des signes flagrants de torture.

Suite

 

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Union européenne – France

 


La Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a été informée de violations de procédure dans le procès de l'ancien ministre d'État d'Artsakh Ruben Vardanian, actuellement détenu à Bakou, ainsi que de la détérioration de son état de santé, selon le Bureau du Représentant arménien pour les questions juridiques internationales.

 

Selon le communiqué, en janvier dernier, des informations et des photographies concernant des personnes détenues en Azerbaïdjan ont été obtenues par le tribunal et communiquées à leurs familles. En réponse, le 27 février, l'Arménie a présenté ses observations sur les données fournies par l'Azerbaïdjan, demandant des informations plus détaillées.

Suite

 

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ONU

 


Le Haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Volker Türk, a appelé à la libération immédiate des Arméniens détenus arbitrairement en Azerbaïdjan. La déclaration a été partagée par la Mission permanente de l'Arménie auprès de l'Office des Nations Unies à Genève.

 

Lors de la 58e session du Conseil des droits de l’homme à Genève, le 3 mars, Türk a souligné la question des détentions arbitraires en Azerbaïdjan, y compris celle des Arméniens de souche, dans son rapport complet.

 

« Ils doivent être libérés immédiatement et leur droit à un procès équitable doit être pleinement respecté.

 

Nous soutenons le processus de négociations de paix en cours entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, et fondons l'espoir qu'elles conduiront à la vérité, à la guérison et à la réconciliation, » a-t-il déclaré.

 

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Russie

 


Le Département de l'information et de la presse du ministère russe des Affaires étrangères (MAE), en réponse à une demande du centre d'information et d'analyse "Verelq" concernant les procès de Bakou, a déclaré :

 

« Nous avons commenté ce sujet lors de briefings précédents. Les accusés ne sont pas des citoyens russes. Nous sommes convaincus que l’inclusion des questions humanitaires à l’ordre du jour des négociations bilatérales arméno-azerbaïdjanaises contribuera à la formation d’un climat de confiance entre Bakou et Erevan.

 

Pour notre part, nous confirmons notre attachement aux accords trilatéraux conclus par les dirigeants de la Russie, de l’Azerbaïdjan et de l’Arménie, y compris la nécessité de traiter des questions telles que le respect des droits des réfugiés, la préservation du patrimoine culturel, historique et religieux, la recherche des personnes disparues pendant les hostilités et l’échange de prisonniers.

 

Nous sommes prêts à fournir à nos collègues azerbaïdjanais et arméniens l’aide nécessaire. »

 

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Turquie-Azerbaïdjan

 


« Nous sommes heureux de noter la conclusion des négociations sur le texte du projet d’accord sur l’établissement de la paix et des relations interétatiques entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie.

 

En outre, nous réitérons la position de principe de longue date de l'Azerbaïdjan selon laquelle la principale condition à la signature du texte négocié est la modification de la Constitution arménienne afin d'éliminer les revendications portant atteinte à la souveraineté et à l'intégrité territoriale de l'Azerbaïdjan. Parallèlement, nous soulignons la nécessité de dissoudre officiellement le Groupe de Minsk de l'OSCE, obsolète et dysfonctionnel, et les structures connexes.

Suite

 

 

 

 

 

 

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Extrait de Radiolour, de PanArmenian, de News.am, et de APA